La Suisse avance dans le recyclage des déchets de chantier

Chaque année, la Suisse consomme 70 à 80 millions de tonnes de matériaux de construction, dont seulement 10 % environ (9,3 millions de tonnes) proviennent de matériaux recyclés. Ce secteur présente donc un grand potentiel de développement – et de nombreux atouts.

Les gravats se composent de differents minéraux comme l’ asphalte, le béton, la sable, le carrelage, la tuile, la céramique, la porcelaine.

Anna Birkenmeier, 10.03.2017

La démolition des bâtiments, le renouvellement des routes ou encore l’assainissement des ponts produisent de grandes quantités de gravats. Avec les matériaux d’excavation, les gravats représentent de loin la plus grande source de déchets en Suisse : plus de 15 millions de tonnes par année. Ce sont des déchets de chantier minéraux, qui se composent majoritairement d’asphalte, de béton, de sable et d’autres matériaux de maçonnerie. Depuis de nombreuses années, ils sont généralement mis en décharge alors qu’ils pourraient être réutilisés dans l’industrie de la construction, qui est justement une grande consommatrice de matériaux. Quoi de plus logique que de vouloir boucler les cycles de vie de ces matériaux et les valoriser ?

« Nous devrions être beaucoup plus en avance dans le recyclage des matériaux de construction », estime Laurent Audergon, directeur d’ASR Recyclage des matériaux de construction Suisse. « La norme SIA 430 sur la gestion des déchets de chantier est entrée en vigueur en 1994. Elle avait pour but de faire entrer la déconstruction et l’élimination sélective des déchets dans les règles de la technique. En 2006, une aide à l’exécution de l’OFEV a défini les exigences écologiques relatives à la valorisation des déchets de chantier minéraux, en précisant leurs qualités et leurs possibilités d’utilisation. Les conditions techniques et normatives sont donc données depuis longtemps. Pourtant, l’évolution a été minime ces 20 dernières années », constate Laurent Audergon, qui se veut malgré tout rassurant : « La nouvelle ordonnance sur les déchets (OLED) devrait accélérer les choses. » L’association qu’il dirige regroupe des entreprises et des associations d’entreprises qui récupèrent des matières premières et des matériaux de construction secondaires, retraitent des matériaux ou exécutent divers travaux intégrant des déchets de chantier pollués issus de bâtiments ou du sous-sol.

Démolition d' un immeuble. Le béton et la brique seront principalement recyclés.

Moindre impact sur l’environnement

Les avantages du recyclage des matériaux de construction sont nombreux. « La valorisation des déchets de chantier minéraux ménage les ressources naturelles de matières premières et allège les décharges, qui sont souvent à court d’espace », explique David Hiltbrunner de la division Déchets et matières premières de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). L’OFEV estime que les déchets de chantier minéraux doivent être recyclés plutôt que mis en décharge, pour autant que ce processus soit globalement moins polluant qu’une autre forme d’élimination ou que la fabrication de nouveaux produits.

« Le recyclage permet aussi de réduire considérablement l’espace occupé par les carrières et les décharges, ce qui préserve la nature et le paysage », ajoute David Hiltbrunner. Lorsque des matériaux sont réutilisés, il faut toutefois tenir compte de leurs propriétés, précise le spécialiste. « Dans la pratique, les matériaux de recyclage sont souvent affectés à des usages techniquement moins exigeants, par exemple pour du remblai ou tout autre usage soumis à des exigences de qualité moindres ; tout dépend de la manière dont les matériaux ont été traités », poursuit David Hiltbrunner.

Le traitement fait la différence

L’affectation des matériaux de construction dépend donc du procédé de traitement qui a été utilisé. Certains cantons ont fait du recyclage des matériaux de construction une priorité. Celui de Zurich, notamment, mise beaucoup sur le traitement du béton de démolition et encourage l’utilisation de matériaux de construction secondaires. La Ville de Zurich édifie par exemple une grande partie de ses nouveaux bâtiments en béton recyclé.

Les gravats récyclés sont reutilisés pour la constructions de routes.

« Jusqu’à récemment, il était impensable d’utiliser du béton recyclé pour construire des maisons. Un changement radical s’est opéré ces dernières années », se félicite Stefan Eberhard, CEO adjoint de l’entreprise Eberhard Bau AG. Dans son centre de recyclage de matériaux de chantier Ebirec, à Rümlang, l’entreprise fabrique entre autres du béton de construction, dont les matières solides sont issues de matériaux valorisés. « Pour fabriquer du béton recyclé haut de gamme, un solide savoir-faire en matière de technique des procédés et de technologie du béton est indispensable », explique Stefan Eberhard. C’est ainsi qu’on peut produire du béton recyclé de qualité, qui n’a rien à voir avec les matériaux de recyclage de deuxième catégorie, obtenus par mélange.

Les pouvoirs publics montrent l’exemple

Le canton de Soleure entend lui aussi valoriser plus de 90 % des déchets de chantier minéraux collectés sur son territoire, comme il l’a affirmé dans sa nouvelle stratégie sur le recyclage des matériaux de construction. Cette dernière prévoit l’utilisation systématique de matériaux recyclés pour les bâtiments publics et le renforcement de l’information à ce sujet. Thilo Arlt, de l’Office de l’environnement du Canton de Soleure : « Ces dernières années, environ 85 % des déchets minéraux de démolition recensés dans le canton ont été recyclés. Il y a donc encore un potentiel d’amélioration. »  

Les déchets de chantier minéraux, après avoir été triés, sont coupés en petits morceaux

Les produits recyclés souffrent encore d’une mauvaise image

Pour David Hiltbrunner, malgré cette évolution réjouissante, la valorisation des matériaux de construction a encore quelques défis à relever. « Les matériaux de construction issus du recyclage souffrent toujours d’une mauvaise image. Si le béton fabriqué à partir de matières primaires coûte le même prix que le béton recyclé, beaucoup préfèrent encore acheter du neuf. » D’ailleurs, si le prix du gravier est bas, il ne vaut pas la peine de retraiter les gravats. Aujourd’hui, on consomme environ 33 millions de tonnes de gravier pour fabriquer du béton en Suisse – seuls 2 millions sont issus du recyclage. 

Alors comment redorer le blason des matériaux recyclés ? « Il faut améliorer l’image du recyclage. Du point de vue strictement qualitatif, les matériaux de construction recyclés n’ont rien à envier aux matières primaires. La fabrication et le contrôle de qualité s’effectuent selon les normes strictes en vigueur », affirme Thilo Arlt. D’après lui, les mentalités doivent changer : il s’agit de convaincre les mandataires, les ingénieurs, les architectes et les maîtres d’ouvrage du bien-fondé de l’économie circulaire et de l’utilisation de matériaux recyclés de qualité.

Laurent Audergon partage cet avis : « Le secteur de l’ingénierie et de la construction est très conservateur et fait souvent barrage. Nous devons former et sensibiliser les architectes et les ingénieurs aux avantages du recyclage pour les maîtres d’ouvrage, pour l’environnement et pour la société. »

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Dernière modification 17.03.2017

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