«Nous voulons fixer une date butoir»

Les grands détaillants ont une longueur d’avance, mais les acteurs de moindre taille ont quand même de bonnes chances de se positionner sur le plan environnemental. Ainsi la spécialiste du WWF Jennifer Zimmermann commente-t-elle les résultats de la notation environnementale 2015.

Interview : Yvonne von Hunnius

Jennifer Zimmermann est coauteur de l’étude « Notation environnementale 2015 du WWF – Grossistes et détaillants – Food et Near-Food », publiée en décembre 2015. Elle est responsable de la notation des entreprises et du commerce de détail au sein du secteur Consommation et économie du WWF.

Que révèle la notation environnementale ?  

Jennifer Zimmermann : Notre classement évalue l’engagement des entreprises du commerce de gros et de détail sur les questions environnementales dans divers domaines. Nous avons ainsi étudié différents champs d’action dans les domaines de la stratégie, de l’assortiment et de l’engagement social. Chaque entreprise participante dispose donc aujourd’hui d’un bilan détaillé de son action en faveur de l’environnement. Nous prévoyons de renouveler régulièrement cette notation environnementale afin de mesurer les progrès et les évolutions.

Pourquoi avoir choisi de noter les commerces de gros et de détail ?  

L’alimentation contribue grandement aux atteintes environnementales. Ce secteur est donc particulièrement pertinent. De par leur position clé dans la chaîne d’approvisionnement, les commerçants peuvent jouer un rôle important dans la réduction des atteintes environnementales dues aux produits alimentaires.

Quel est l’objectif de cette notation ?

Nous nous sommes posé les questions suivantes : Que faut-il pour que les entreprises adoptent un modèle commercial qui tienne compte de la capacité écologique de la Terre et de l’objectif d’un réchauffement climatique limité à 2 °C ? Et quel stade ces entreprises devraient-elles avoir atteint en 2025 ? Nous avons ainsi défini une date butoir pour une entreprise virtuelle, avec laquelle nous avons comparé les entreprises participantes.

Les distributeurs Coop et Migros semblent déjà très proches de cette entreprise idéale. Qu’est-ce qui les distingue des autres ?

Leur avance tient principalement à leur gestion rationnelle et systématique des défis environnementaux. Ces distributeurs
recourent à des analyses de priorité pour identifier les principaux impacts de leurs activités sur l’environnement, puis fondent leurs mesures sur cette base. Ils sont sur la bonne voie. Leur action a d’ailleurs des répercussions dans les domaines les plus divers.  

Coop et Migros sont des partenaires stratégiques du WWF. Quelle en est l’influence sur le classement ?

La notation et les partenariats constituent deux facettes du même objectif : peser sur les décisions du secteur. Afin de garantir notre indépendance vis-à-vis de nos partenaires, nous nous sommes contentés de définir les critères de notation. L’étude elle-même a été réalisée par l’agence de notation indépendante Inrate. Elle révèle notamment que nos partenariats sont efficaces. C’est en partie grâce à leur collaboration avec le WWF que Migros et Coop sont des précurseurs dans de nombreux domaines.  

Les grandes entreprises peuvent plus facilement imposer leurs conditions aux fournisseurs et peser sur la réglementation nationale. Les autres ne sont-elles pas de fait défavorisées ?

Pas du tout ! Grâce à l’analyse de priorité, chaque entreprise peut identifier les principaux défis qu’elle doit relever et mettre en œuvre des mesures convaincantes. Il existe en outre des différences structurelles qui confèrent des avantages. Ainsi, les discounters proposent un assortiment plus restreint, qui leur permet de mieux cibler leur offre. Nous avons par ailleurs obtenu de très bons résultats avec des approches sectorielles. Nombre de défis sont en effet internationaux et très complexes et ne peuvent être relevés par une entreprise seule. C’est le cas de l’utilisation non durable de l’eau dans les régions arides ou des problèmes liés à la production de soja et d’huile de palme. Le réseau suisse pour le soja, qui réunit de nombreuses entreprises – dont certaines petites – avec pour objectif d’importer un soja issu à 90 % de la culture responsable, a produit une impulsion considérable.

Peut-on réellement comparer des grossistes et des détaillants ?

Dans la perspective d’un approvisionnement alimentaire sûr et respectueux de l’environnement sur le long terme, grossistes et détaillants sont confrontés aux mêmes défis. C’est pourquoi les stratégies adoptées en matière de développement durable sont similaires : intégration d’aspects du développement durable dans la stratégie et le management, mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre, promotion de produits répondant à des normes environnementales reconnues, etc. Les trois grossistes interrogés obtiennent dans le classement des résultats comparables à ceux de la majorité des détaillants, ce qui confirme la similarité de leurs exigences et de leurs stratégies environnementales – même si les grossistes sont amenés à déployer davantage d’efforts pour convaincre leur clientèle de restaurants, de cantines et autres gros acheteurs de proposer aux consommateurs finaux des produits respectueux de l’environnement.

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Dernière modification 05.01.2016

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